Petits mais costauds

Il y a maintenant plusieurs semaines, j'avais entamé la rédaction d'un test complet de Recettear: An Item Shop's Tale. Malheureusement, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour m'y mettre, laissant le brouillon en sommeil un long moment. Finalement, cela m'aura permis de comprendre qu'il valait mieux que je fasse un petit article "de fond" sur les jeux indépendants, avec notamment un aperçu des titres auxquels j'ai pu m'essayer.

Penny Arcade

Le jeu indépendant a le vent en poupe en ce moment : magazines et sites web nous en présentent de plus en plus. Cette médiatisation est importante pour faire connaître des produits qui ne disposent pas de la couverture publicitaire des grands éditeurs. L'effort est louable, même si toute cette effervescence ne doit pas faire oublier que sortir un jeu indépendant ne suffit pas à sortir un bon jeu. Il y a de bons titres chez les gros éditeurs, tout comme il y a des scories chez les indé... Il y a quelques jours, alors que je réfléchissais à ce billet, je me suis fait une réflexion aux aspects de lieu commun : "Indépendant ou non, je m'en fiche, tout ce qui compte c'est que le jeu soit bon !" Il se trouve que je commence à être un peu agacé par la mode actuelle du "si c'est indépendant, c'est forcément bien". Je caricature, certes, mais l'engouement effréné des médias pour les petites productions pourrait, à mon sens, avoir un effet pervers de nivellement créatif. J'y reviendrai dans quelques lignes.

Il y a parfois des coïncidences amusantes : je suis tombé l'autre jour sur un billet de Fumble (ex-Joystick, ex-Mondes Persistants, actuel gamebloggeur et accessoirement quelqu'un que je connais un peu et que j'apprécie beaucoup) à propos de deux tests qu'il a fait sur gameblog. Une phrase a attiré mon attention : "Les jeux indé c’est bien, sauf quand c’est moyen." Voilà, tout est dit : un jeu, indépendant ou non, se doit d'être un "bon jeu". Bien sûr, les "petits" jeux ont souvent pour eux leur prix, beaucoup plus modeste que celui des grosses sorties (de 5 à 15 euros environ pour une majorité de titres indé, contre 40 à 60 euros pour les autres). Ils sont certes rarement aussi poussés techniquement, parfois d'une durée de vie plutôt courte, mais leur rapport intérêt/prix se révèle dans bien des cas absolument imbattable.

Cependant, être abordable ne fait pas tout. L'avantage d'être indépendant, c'est qu'on peut se permettre de sortir des sentiers battus, de proposer des concepts qui ne brossent pas dans le sens du poil le commun des joueurs, de ne pas sortir un jeu multi-supports qui perd de son âme en cherchant à ménager la chèvre et le choux... Or, parfois, certains "petits jeux" ne sont guère plus que de pâles imitations de concepts existants. Et, quand bien même un jeu serait un tant soit peu original, s'il doit entrer dans un carcan de production indépendante "à la mode", il se retrouvera marginalisé. Placer le jeu indépendant sous le feu des projecteurs, c'est aussi le soumettre à la loi de la demande : si le public veut du jeu casu et qu'un studio indépendant sait qu'aujourd'hui il peut connaître la célébrité et vendre beaucoup de jeux (sur Steam...), va-t-il toujours prendre le risque de faire un jeu hardcore ? L'indépendance passe-t-elle seulement par les moyens de production, ou est-elle également liée aux moyens de diffusion ? Je ne prétends pas avoir de réponse viable à ce type de question, seulement il me semble intéressant de les poser.

Penny Arcade
Quoi qu'il en soit, il y a très régulièrement de bonnes surprises parmi la production indépendante actuelle. On pardonnera de toute façon plus facilement à un de ces "petits" jeux (ces guillemets m'exaspèrent, pas vous ? ^^ ) de ne pas être au top graphiquement, du moment qu'il y a par exemple une certaine recherche esthétique, une bonne direction artistique. Le jeu est en VO uniquement ? Les menus ne sont pas très beaux ? Il y a des bugs à foison ? Comment jeter la pierre aux équipes de développeurs qui se résument dans certains cas à une seule personne ? De toute façon, le joueur que je suis doit malheureusement constater que même dans de grosses productions (budget et équipes importants) ces défauts peuvent être présents...

Notez qu'il arrive également que des éditeurs connus sortent de petits jeux, à des prix très convenables, qu'ils viennent ou non de studios connus. L'exemple qui me vient immédiatement à l'esprit est Bloody Good Time, tout juste sorti chez Ubisoft. On ne peut pas dire que le jeu semble à première vue faire preuve d'une grande originalité formelle (concept déjà vu, "simple" multi à huit joueurs, apparemment peu de décors différents, etc.), mais son prix le classe d'emblée dans la catégorie "petits jeux". Reste à voir si son univers visiblement déjanté le placera du côté des "bons (petits) jeux"...

Résumons : un bon "petit" jeu est quelque chose qui permet au joueur de s'amuser, pour un prix modique. Il n'est pas forcément parfait sur la forme mais possède un fond intéressant : gameplay original, univers fouillé, expérience de jeu innovante... enfin, il ne s'agit pas obligatoirement d'un jeu indépendant. Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de jeux qui entrent dans cette catégorie, testés et approuvés par mes soins.

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Recettear: An Item Shop's Tale

Disponible en téléchargement uniquement (Steam, Impulse, GamersGate) pour 15€ environ. Sortie de la version EN : 10/09/2010. Développeur : EasyGameStation. Éditeur : Carpe Fulgur. Version démo disponible

Si vous aimez les J-RPG (jeux de rôles japonais) à l'ancienne, type Zelda, vous devriez apprécier Recettear. Cependant, résumer ce jeu à une succession de donjons serait plus que réducteur. C'est d'ailleurs finalement quelque chose d'assez secondaire : le but premier dans Recettear est de gérer sa boutique d'objets pour aventuriers. Une gestion simple et efficace, sans foule de statistiques à surveiller ou graphiques à étudier.

Recettear
Ce qui marque le plus dans ce jeu, au-delà de l'aspect visuel très classique mais réussi, c'est l'humour omniprésent. Les deux héroïnes, Recette et Tear, nous offrent des dialogues truculents (en Anglais) à chaque nouvel écran ou presque. La rejouabilité est assurée par l'adjonction de modes supplémentaires une fois la campagne achevée. Personnellement, je n'ai pas eu très envie de poursuivre plus longtemps, mais la quinzaine d'heures passée sur le titre m'a vraiment bien plu.

En bref, un bon petit jeu kawaï, avec une ambiance bien particulière et un côté rétro qui ravira les nostalgiques des consoles 8 ou 16 bits.

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On the Rain-Slick Precipice of Darkness, épisodes 1 et 2

Disponible en téléchargement uniquement (liste des sites par ici) à partir de 5€ environ par épisode. Sortie de la version EN : 21/05/2008 et 29/10/2008. Développeur/éditeur : Penny Arcade et Hothead Games. Versions démo disponibles

Là encore, On The... nous fournit une expérience ludique marquante, avec l'humour décapant bien connu des comics Penny Arcade. Le jeu en lui-même est plutôt bien fait, on sent qu'il y a de bons moyens derrière. Visuellement c'est plutôt réussi dans les écrans de dialogues, par exemple, puisque les dessins 2D sont les mêmes que ceux du webcomics. Les phases 3D sont moins aguichantes, et le jeu se permet de ramer sur une configuration actuelle, alors qu'il n'y a franchement pas de quoi. L'optimisation n'est donc pas spécialement au rendez-vous, à ce que j'ai pu en voir.

Penny Arcade
Pour résumer le gameplay, disons que l'on se promène dans des écrans à la façon d'un jeu d'aventure, et on combat énormément d'adversaires dans des combats au tour par tour avec timing à respecter (comme dans un Final Fantasy). On assiste à des scènes complètement loufoques, comme ces combats du début contre des robots presse-agrumes à l'allure et aux actes équivoque (ils sont nommés fruit-fuckers dans le jeu) ou certains dialogues absolument hilarants. Sur ce point, Penny Arcade Adventures est une franche réussite. Finalement, les combats, s'ils sont plutôt intéressants, sont un aspect secondaire du jeu. Ce qui compte vraiment, c'est l'ambiance et l'humour !

Pour le prix, ces deux épisodes sont vraiment des must-have, du moment qu'on lit l'Anglais facilement. Le seul reproche que je pourrais faire à cette série est l'annulation du troisième épisode initialement prévu. On termine l'épisode 2 avec un petit pincement au cœur et un sentiment désagréable d'inachevé... dommage.

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Burn Zombie Burn!

Disponible en boîte et en téléchargement (Steam et Gamersgate) pour 8€ environ. Sortie de la version steam : 12/08/2010, version boîte le 22/10/2010. Développeur : Doublesix. Éditeur : P2 Games.

Déjà sorti depuis un moment sur PS3, également pour un prix modique, Burn Zombie Burn! surfe sur la vague du jeu de zombies (Left 4 Dead, Dead Rising, etc.). Cependant, le jeu adopte un ton humoristique très décalé, qui n'est pas sans rappeler l'excellent Plants vs. Zombies (que je vous recommande également chaudement). Cependant, à la différence de ce dernier, ici pas de réflexion mais de l'action non-stop ! Le but est de survivre le plus longtemps possible au milieu de hordes de zombies de plus en plus puissantes, en ramassant armes et power-ups au sol. Un jeu d'arcade à l'ancienne, en vue de dessus.

Burn Zombie Burn
Même si l'on peut assez vite se lasser du jeu, le côté exubérant des personnages et l'action diaboliquement effrénée en font un bon petit soft pour se défouler après une rude journée de travail. Petite mention spéciale à la musique, tout à fait dans le ton et vraiment bien choisie.

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Delve Deeper

Disponible en téléchargement uniquement (Steam) pour 4€ environ. Sortie de la version EN Steam : 24/09/2010. Développeur : Lunar Giant. Éditeur : Lunar Giant Studios. Version démo disponible

Autre jeu en Anglais uniquement, autre très bon concept. Ici, il n'est clairement pas question de rechercher un jeu techniquement impressionnant : on est face à de la 2D mignonne mais vraiment dépassée. Esthétiquement, ce n'est pas non plus très recherché. Bref, on ne se ruera pas sur Delve Deeper pour ses graphismes (ni pour ses sons, d'ailleurs).

Delve Deeper
Pourtant, tous les fans de jeux de stratégie/réflexion au tour par tour devraient au moins jeter un œil à cet OVNI ! Le pitch, rapidement : dans Delve Deeper, on dirige une escouade de quatre Nains qui doivent creuser dans une mine pour amasser le plus de richesses possibles. Cependant, comme dans la Moria, plus nos mineurs de petite taille creusent profondément, plus ils rencontrent des créatures dangereuses (gobelins, dragons, etc.). Et il ne faut pas laisser les équipes adverses remonter plus de richesses que soi !

Le jeu permet de retrouver des mécanismes de jeux de plateau, avec la pose de "tuiles" pour creuser des galeries, par exemple. Les coups fourrés fusent de toute part, alors que le joueur A ouvre un tunnel sous le joueur B pour qu'une marée de monstres viennent le grignoter. Pour continuer dans l'idée du jeu de plateau, je tiens à préciser que Delve Deeper n'a qu'un seul défaut majeur : l'absence de vrai multijoueur. Seul un mode hotseat est disponible. Il est vrai que pour le prix du jeu, on ne va pas trop se plaindre, mais c'est vraiment dommage tant le jeu est intéressant !

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Voilà, c'était un rapide aperçu de quelques (bons) petits jeux sortis récemment. Comme vous l'avez vu, les prix varient un peu, mais dans l'ensemble cela reste très abordable. Il est donc assez aisé et relativement sans risque de tester par soi-même les dernières sorties, d'autant que des démos gratuites sont souvent disponibles. Je ne peux que vous conseiller de faire un tour de temps à autres dans la rubrique Indies de Steam, par exemple. Vous ne risquez pas grand chose et vous pouvez tomber sur une perle, qui sait.

Malheureusement, et j'en reviens au fond de mon article, tous les jeux distribués sur Steam (par exemple) ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Il y en a beaucoup d'autres qui ne profitent pas de ce type de plateforme, que ce soit par choix ou non. Quant on sait que les développeurs touchent sensiblement plus d'argent lorsqu'on télécharge leur jeu sur le site officiel que sur Steam, il faut rester prudent sur les avantages d'un tel mode de distribution. Steam et consorts apportent une visibilité très importante, ainsi qu'un support de distribution qui a fait ses preuves, mais Valve reste une entreprise privée qui ne "travaille" pas gratuitement. De plus, nombreux sont les joueurs qui n'acceptent pas forcément d'utiliser volontairement un des DRM les plus restrictifs au monde... tout cela est un autre débat, je crois qu'il faut que je mette d'urgence un point final à ce loooong billet avant de me relancer dans un nouveau paragraphe. ;)