Scènes cultes : trentième

Trentième ? Déjà ? Eh bien, oui, comme vous pouvez le voir sur la liste récapitulative, il s'agit bien du trentième billet "Scènes cultes" sur pop-culture.fr ! Initiée en novembre 2008 avec la magistrale scène "tears in rain " de Blade Runner, cette série de courts articles reprenant certains de mes extraits de films favoris a déjà ratissé très large, de Star Wars au Seigneur des Anneaux, en passant par Ghost Dog, The Big Lebowski ou encore Mon voisin Totoro. Comme pour le dixième épisode, ainsi que pour le vingtième, j'ai voulu trouver quelque chose de particulièrement cher à mon cœur. Cela aurait pu s'avérer être un véritable casse-tête, si je n'avais pas revu il y a peu un excellent film, qui fait partie des quelques œuvres que j'emporterais certainement avec moi sur une île déserte. Il s'agit d'Après la Pluie (Ame Agaru), de Takashi Koizumi.

Après la pluie

Avant toute chose, il faut savoir que ce film a bien failli ne jamais voir le jour. En effet, celui qui avait lancé le projet, écrit le scénario et entamé la phase de préproduction, l'immense Kurosawa Akira, est décédé quelques temps avant que ne puisse démarrer le tournage. C'est grâce à la volonté des autres membres de l'équipe (Koizumi a longtemps été l'assistant du maître) et à l'apport de fonds de sociétés de production (dont celle d'Élie Chouraqui) que ce chef d’œuvre a pu être tourné. Le film n'en est que plus attachant, d'autant qu'il a pris une forte dimension d'hommage à Kurosawa, le pape du cinéma japonais, qui a également inspiré de très nombreux réalisateurs occidentaux (Les sept mercenaires, western culte, n'est autre que l'adaptation de Shichinin no samurai, par exemple)

Le synopsis d'Après la pluie :

Dans le Japon féodal, un groupe de voyageurs est bloqué par la rivière en crue dans une petite auberge de campagne. Parmi eux se trouvent Ihei Misawa, un rônin, samouraï sans maître qui excelle dans l'art du combat, et sa femme Tayo, qui ne vit que pour l'amour de son mari. Après la pluie, Ihei décide d'affronter les maîtres d'armes des dojos de la région en échange d'argent et de nourriture. Pris sous la coupe du seigneur Shigeaki, il devient le maître d'arme de son fief, mais les rivalités sont nombreuses.

Source : Allociné

Après la pluie
L'essentiel du film tourne autour de la personnalité hors-norme d'Ihei, un homme d'une gentillesse, d'une générosité et d'une simplicité extraordinaires, surtout pour un samouraï (il faut bien entendu replacer le tout dans le contexte du Japon féodal). Kurosawa est parvenu à insuffler à son personnage une humanité qui déteint sur tout le scénario, le rônin prenant le contrepied des obligations et privilèges liés à sa caste. Il prend par exemple sur lui d'aller à l'encontre de son honneur et d'une promesse faite à sa femme (qu'il chérit pourtant par dessus tout) pour pouvoir offrir un festin aux clients de l'auberge où ils sont cloîtrés depuis plusieurs jours, en participant à des duels primés. En décidant de prendre ainsi soin de gens simples, faisant partie des strates les moins considérées de la société nippone, il va en l'encontre de tout ce qu'un samouraï est censé être et faire. Mais il le fait sans être aucunement forcé, sans rien attendre en retour. Simplement par gentillesses, par goût des autres, par empathie... par humanité.

Si c'est cela qui est, à mon sens, le plus extraordinaire dans Après la pluie, d'autres éléments sont de purs moments de bonheur. Les relations entre le rônin et le seigneur local sont très intéressantes, tant elles sont elles aussi à contresens de ce qu'était l'étiquette de l'époque (et du lieu). La personnalité de ce seigneur y est pour beaucoup, tant il n'hésite pas à sortir des sentiers habituellement battus et de tous les codes que quelqu'un de son rang se devait de respecter. La relation entre Ihei et sa femme, absolument centrale dans le film, est également remarquable de simplicité et de respect. On sent vraiment que le couple s'aime, sans que quoi que ce soit de tapageur ne soit jamais mis en scène. Une grande retenue dans l'évocation des sentiments, pourtant profonds, qui est je pense toute japonaise.

Au-delà des relations entre les personnages, l'esthétique du film est une vraie merveille. La nature, la lumière... tout simplement magique. Comme dans La mort d'un maître de thé (voir ce billet), la mise en scène de la voie est irréprochable (à mes yeux de quasi-profane, en tout cas). La perfection avec laquelle Rikyū préparait le thé pour son daimyo, nous la retrouvons dans le maniement virtuose du katana par Ihei. Bretteur hors-norme, celui-ci ne fait jamais de mouvement inutile. Pas plus qu'il ne dégaine son sabre à moins de s'y trouver véritablement forcé, ménageant autant que possible la vie d'autrui. Il fait dans le combat et la victoire preuve de la même gentillesse prononcée que dans le reste de sa vie, ce qui ne manque pas de provoquer l'ire de ses adversaires (montrer de la gentillesse au vaincu, c'est le prendre en pitié et, selon les codes japonais, lui ôter tout honneur). Un côté sombre d'Ihei transparait pourtant, à un moment, laissant entrevoir qu'il n'a peut-être pas toujours été aussi calme et plein de compassion... une interrogation qui restera sans réponse. Le film ne donne jamais de réponse, d'ailleurs, il évoque et laisse le spectateur imaginer la suite. La fin est ainsi assez intéressante. Mais je n'en dirai pas plus ! ;)

Après la pluie
En bref, vous l'aurez compris, Après la pluie est vraiment un coup de cœur. Il faut aimer le Japon féodal, certes, mais ce film reste beaucoup plus abordable que d'autres (je citais La mort d'un maître de thé plus haut, c'est un bon exemple). C'est en tout cas une véritable ode au respect entre les hommes, à l'amour simple entre deux êtres, à l'amitié qui peut se croiser au détour d'un chemin, et ne durer finalement que quelques heures. C'est également une bien belle réflexion sur la liberté, joyau ressortant à merveille de l'écrin de devoirs écrasant que forme la société nippone du XVIIIe siècle.



Quelques extraits. Encore une fois, je fais selon ce que je peux trouver et intégrer sur cette page. Toutes mes excuses pour la qualité médiocre.

À noter également, vous verrez ci-dessous un long extrait, en fait tout le début du film. Vous pourrez ainsi trouver l'intégrale de l’œuvre sur Youtube, en huit parties... mais je vous recommande vraiment d'acheter le DVD, qui se trouve à un prix dérisoire sur n'importe quel boutique en ligne !