C’est l’une des shitstorms jeu vidéo du moment : Epic Games, vieil éditeur ayant obtenu une fortune colossale via Fortnite Battle Royale, a lancé il y a quelques temps son Epic Games Store (EGS) et entend bien concurrencer Steam, la plateforme / boutique de Valve. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils attaquent très frontalement le supposé « monopole » de Steam sur la vente de jeu vidéo PC.

L’EGS, selon ses défenseurs, serait donc un bienfait pour les joueurs et, surtout, pour les éditeurs (explications ci-après). À mon avis, c’est bien plus nuancé que cela, et je vais vous expliquer pourquoi.

Pourquoi m’emparer du sujet ?

Au-delà de tout ce que je vais développer par la suite, je tiens à avouer que, quelque part, je me sens responsable de la situation. Car, oui, il n’y aurait jamais eu d’EGS sans Fortnite, mais il n’y aurait pas eu non plus de Fortnite Battle Royale sans les couillons comme moi qui ont soutenu le jeu Fortnite original (rebaptisé « Fortnite – Save the world » à la sortie du mode BR). Un jeu prometteur et qui s’est révélé fort sympathique (malgré de gros défauts) mais qui, c’est un euphémisme, n’a pas rencontré un très grand succès critique ou auprès des joueurs.

Mais le coup de génie d’Epic Games de créer un mode BR très accessible, singeant le succès du moment, PUBG, y ajoutant pas mal d’éléments novateurs et passant sur un modèle free to play, a définitivement renfloué les caisses de l’éditeur. Là encore, c’est un doux euphémisme…

Fortnite s’est avéré, une fois son mode BR sorti, être un véritable phénomène de société et, tout free to play qu’il soit, a permis à Epic d’engranger les millions / milliards (je n’ai pas les chiffres en tête) et d’attirer des investisseurs, étant coté en bourse. Ce qui leur a fait pousser des couilles pour aller chasser sur les plates-bandes de l’ogre Steam…

Bref, en caricaturant, je pourrais dire que l’EGS n’existe que parce que j’ai cru en Fortnite, un petit jeu presque obscur auquel personne ne voulait jouer. Putain. Mea maxima culpa.

Tout allait plutôt mieux quand Fortnite ne s’appelait pas encore Fortnite: Save the World…

 

Mais merde, L’Harmo, au final c’est quand même vachement cool, un peu de concurrence à Steam !

Alors, au risque de vous surprendre après mon intro déjà un peu à charge (ça ne va pas s’arranger, je vous préviens) : oui, en effet. Je suis tout à fait d’accord, de la concurrence à Steam est une bonne chose, une nécessité, même. Cela fait des années que nombre de joueurs PC l’appelait de leurs vœux, surtout depuis que Valve se repose sur ses lauriers et accumule les conneries (au choix : jeux hentai chelous, early access pourraves, test des mods payants, etc.). Côté éditeurs, on constate un ras-le-bol de devoir laisser 30% des revenus à Valve pour une boutique qui n’assure plus de visibilités qu’aux seuls très grosses sorties, le nombre de jeux augmentant de façon exponentielle et presque sans aucune modération. Bref, je suis d’accord pour dire que Steam est très très perfectible en tant que boutique.

La concurrence existe, avec pas mal de boutiques qui ont plus ou moins rencontré le succès : Origin (EA Games), Uplay (Ubisoft), Battle.net (Blizzard) et GoG (CD Project), pour ne citer que les plus grosses. Origin et Battle.net font de l’exclusivité pour les jeux de l’éditeur, mais Ubisoft et CD Project vendent toujours leurs jeux, dans leur grande majorité, sur Steam. Beaucoup de joueurs détestent Origin et Uplay, leur surcouche « outils » (contacts, invitations, etc.) étant très inférieure à ce que propose Steam. Voilà pour le tour d’horizon très rapide.

L’arrivée d’un nouveau launcher / boutique n’a donc rien de bien surprenant et, aussi chiant que cela soit de devoir se passer de sa liste d’amis et des autres avantages liés à l’utilisation de Steam depuis des années (10 ans cette année, pour ma part), cela n’a jamais été un problème pour moi. J’ai beaucoup de jeux sur les launchers sus-cités, souvent des exclus sur ces boutiques (World of Warcraft, Battlefield, Thronebreaker, etc.). Aucun souci pour de ce côté, j’ai même toujours beaucoup salué GoG et sa politique commerciale, bien plus fair que celle de Steam (même si ça s’est malheureusement gâté dernièrement). Je pense qu’il est bénéfique que de nouveaux acteurs viennent chatouiller Valve et tire tout cela vers le haut, tant pour les éditeurs que pour les consommateurs.

Cependant, cela ne vaut, à mes yeux, que pour une concurrence saine et non-faussée, comme celle de GoG par exemple. Quand Epic Games se contentait de vendre son Fortnite ou des jeux également disponibles sur d’autres plateformes, voire uniquement sur l’EGS de façon claire et transparente, je n’y voyais pas de problème. Encore une fois, si l’on peut regretter de devoir installer une dizaine de launchers différents, pour de multiples raisons, cela n’a jamais été et ne sera jamais un frein réel à mes yeux.

Plus de 7 ans après la sortie de Battlefield 3, cela reste d’actualité…

 

L’affaire Metro Exodus

Je vous avais prévenus : ça va se corser.

La shitstorm est arrivée par le biais de Metro Exodus. Le jeu, teasé de longue date sur Steam, a annoncé à quelques semaines de sa sortie qu’il serait une exclusivité EGS. Le déchaînement de réactions négatives a été assez impressionnant, ainsi que la polarisation de la communauté qui en a résulté : il y eut ceux qui ont défendu l’EGS bec et ongles, souvent sous couvert de l’argument de la chute du monopole de Steam ; et ceux qui se sont insurgés contre cette annonce de dernière minute, considérée comme une trahison.

Pour préciser le contexte concernant Metro Exodus :

  • Les premiers jeux de la série sont sortis sur Steam, bénéficiant de fait de l’énorme visibilité et de la qualité de vie offerte aux joueurs par la plateforme, ce qui a assurément participé à leur succès ;
  • L’exclusivité EGS est d’une année complète, après laquelle le jeu devrait sortir sur d’autres plateformes ;
  • Les clients ayant précommandé le jeu sur Steam (bénéficiant, là encore, de la visibilité offerte par la boutique) ont pu obtenir le jeu sur cette plateforme mais, après l’annonce, les précommandes n’étaient plus disponibles que sur l’EGS ;
  • Une bonne part de l’agacement monumental de la communauté est dû à la prise de parole un brin inconsidérée d’un développeur sur les réseaux sociaux, ce dernier déclarant, en substance, que si les joueurs continuaient à être des gros cons comme ça, ils ne sortiraient plus de jeux sur PC. Un grand succès mondial.

J’attendais ce jeu avec une certaine impatience, vu qu’il a l’air très bien (je le pense toujours). Mais cette annonce de dernière minute, imputable bien entendu à l’éditeur et non au développeur, a été un vrai coup de poignard. C’est une chose qu’un éditeur annonce une exclu sur son propre launcher ou qu’un jeu soit clairement affiché comme n’étant disponible que sur une plateforme, là c’était un vrai coup en traître, aggravé par la communication désastreuse mentionnée plus haut.

Autant nous avions pu tolérer des formes d’exclusivités de fait, autant cette affaire a réveillé nombre de gamers PC qui ne supportent pas ce genre de pratiques, issues du monde des consoles. Nous avons été viscéralement heurtés d’être privés de titres comme Red Dead Redemption, The Last of Us ou encore Horizon Zero Dawn, sous prétexte qu’il devait s’agir d’exclusivités console, moyennant de fort juteux contrats entre constructeurs et éditeurs. C’est comme cela que les choses fonctionnent sur console (je laisse les joueurs le déplorer, ce n’est pas mon problème) mais ce n’était pas le cas sur PC ! Au passage, d’ailleurs, Steam offre souvent des jeux avec support Linux ou Mac, ce que l’EGS ne fait pas, à ce jour.

Une affaire qui a fait grand bruit, donc, et qui m’a poussé comme beaucoup d’autres à prévoir d’attendre au minimum un an avant d’acheter Metro Exodus. De mon côté, je précise que si j’achète un jeu vieux d’un an ou plus, ça sera à 30 euros ou moins, pas à 60. Il faudrait peut-être voir à ne pas trop déconner non plus.

Jusque là, bon, c’est scandaleux mais, comme l’écrivait un mec sur Twitter : « Epic Games Store, protecting your wallet one game at a time« . Les économies sont toujours bonnes à prendre. Le problème c’est que ça ne s’est pas arrêté là.

Joueurs descendant du train de la hype, allégorie proposée par L’Exode du Métro.

 

Epic Games Store : de plus en plus profondément dans l’exclusivité

D’autres jeux ont été annoncés comme exclusifs à l’EGS depuis Metro (il y en a même eu d’autres avant, avec moins de retentissement). Avec plus ou moins de réactions, même si l’accumulation des annonces a pu faire grincer des dents, les miennes notamment.

Deux nouveaux scandales ont cependant eu lieu coup sur coup. Accrochez-vous à vos slips, c’est parti :

Phoenix Point : le projet de jeu de Julian Gollop, papa des premiers UFO / XCOM, jeux très chers à mon cœur de vieux gamer, a été financé participativement sur la plateforme Fig en juin 2017. Les backers, dont je fais partie, se sont vu promettre des clés Steam ou GoG, au choix. Nous avons attendu patiemment, le jeu ayant accumulé quelques retards, soutenant ce projet emprunt de nostalgie et de passion. Et là, au détour d’une annonce vidéo à quelques semaines de la date de sortie, ce bon Julian nous annonce que, non, finalement, le jeu ne sortira pas sur Steam ou GoG avant un an ! Je vous passe les détails mais, en gros, Epic a payé à hauteur de 2 millions de dollars cette exclusivité, couvrant au passage les demandes de remboursements de backers très remontés (heureusement !). En gros, opération financière juteuse pour le studio de Gollop. Un peu moins en terme d’image, mais bon…

The Division 2 : exclusivité Uplay (plateforme de son éditeur, Ubisoft) et EGS, ne me posait pas spécialement de problème jusque là : j’ai acheté le jeu sur une boutique tierce (légitime), bénéficiant d’un prix attractif et activant mon jeu sur Uplay comme je le fais souvent avec les jeux Ubi, malgré la piètre qualité de certains services du launcher. Ce qui m’a en revanche quelque peu agacé, c’est d’apprendre que, suite au contrat avec Epic, les futurs DLC de The Division 2 ne seraient pas vendus sur des boutiques tierces pendant toute la durée d’exclusivité du jeu sur l’EGS (à ma connaissance, nous n’avons pas eu de date de fin d’exclusivité). En clair, impossible d’avoir les extensions moins chères que les prix des deux boutiques, alors que c’est une pratique des plus courantes sur PC depuis des années. Un verrouillage franchement malvenu, à mon avis, et qui ne présage rien de bon pour l’avenir !

On le voit bien, Epic est en train, à grand coup de millions de dollars, de se créer tranquillement un petit monopole sur une bonne partie du paysage vidéoludique PC. Autant pour la libre concurrence tant vantée par les promoteurs de la plateforme ! L’exclusivité telle qu’elle est pratiquée ici n’est qu’une source d’exclusion et, nous l’avons expliqué avec Phoenix Point, elle frôle parfois l’arnaque et la malhonnêteté crasse. Les backers de Phoenix Point ont été floués, leur argent a permis au jeu d’exister et, lorsque le jeu est devenu suffisamment intéressant, son développeur / éditeur a fait un gros doigt d’honneur à sa communauté en changeant unilatéralement les règles du jeu, ajoutant en plus à l’indignité de la démarche le fait d’expliquer que, de toute façon, ce n’était pas grave vu qu’Epic allait éponger les demandes de remboursement. Une honte absolue !

Mais alors, bon sang, pourquoi certains défendent-ils ainsi l’EGS et pensent toujours aujourd’hui que c’est une bonne chose pour le jeu vidéo PC ?

Dis donc, Julian, j’t’aime bien mais tu nous prendrais pas un p’tit peu pour des cons et des vaches à lait, là ?

 

EGS : la théorie du ruissellement pour les éditeurs et les consommateurs

Là, on met le doigt sur ce qui était, au départ, une très bonne chose et aurait dû rester le principal argument poussant les éditeurs à choisir l’EGS plutôt qu’une autre boutique. En effet, en lieu et place des 30% de commission ponctionnés par Valve pour distribuer les jeux, Epic ne prend que 12%*, qui se maintiennent à 12% au lieu de passer à 17% si le jeu est développé avec le moteur maison d’Epic, l’Unreal Engine (qui coûte normalement 5% des revenus d’un jeu à l’éditeur, ici inclus à la commission, alors que la cut de Steam passe à 35%).

Autant le dire tout de suite : je comprends tout à fait ce qui attire là-dedans les éditeurs, gros ou petits. Je suis le premier à saluer l’initiative. Si tant est qu’elle soit pérenne, bien sûr : aucun doute que les milliards de Fortnite permettent aujourd’hui des choses qui ne seront peut-être plus si soutenables dans quelques temps. Il s’agit, bien entendu, d’une politique agressive d’Epic pour attaquer Valve là où ça fait mal. Encore une fois, cela ne me pose pas de problème majeur, sur le principe de base.

Là où je suis beaucoup moins d’accord, c’est sur l’argument visant à laisser croire qu’une commission moins importante = plus de budget pour faire un jeu = un meilleur jeu à l’arrivée, pour le plus grand bénéfice du consommateur (car, oui, cela va de soi dans ce milieu, les jeux ne sont globalement pas moins chers sur l’EGS qu’ailleurs). Le bénéfice pour le joueur serait donc, par la même magie du ruissellement thatchérien qui fait que le pauvre en France va bénéficier de la suppression de l’ISF, d’obtenir à terme de meilleurs jeux. Mais bien sûr. Il est vrai que cette industrie n’a à cœur que le bonheur des joueurs, pas du tout celui des actionnaires !

Attention, comme cet argument m’a été servi par un pote bossant dans le JV plutôt du côté indépendant de la scène, je vais préciser : les requins que je décris dans le paragraphe précédent sont les gros éditeurs de JV, pas les développeurs, encore moins les indés. Mais, pour être honnête : voir un indé défendre ce genre de  thèse, c’est comme voir un petit maçon voler au secours de Bouygues parce que l’État veut les taxer à hauteur de leurs bénéfices. On ne parle pas de la même chose et, franchement, vous ne bénéficierez certainement pas de l’aubaine, ne rêvez pas. Il faudrait vraiment un projet extrêmement prometteur (comme Phoenix Point) pour qu’Epic déroule le tapis rouge. Et encore, ça ne va peut-être pas durer indéfiniment… de plus, l’argument de la visibilité, rendue il est vrai exécrable sur Steam par le volume et le grand n’importe quoi des sorties sur la plateforme, est surtout vrai aujourd’hui parce que l’EGS reste très vide. Il y a encore peu de jeux dessus mais, visiblement, ça ne va pas durer. Qu’en sera-t-il de la visibilité dans un ou deux ans ? Epic aurait d’ailleurs tout intérêt, pour garder cette image de « qualité plus que quantité », à filtrer assez drastiquement ce qui sort sur sa boutique. Vos jeux indé, certainement de qualité, certes, trouveront-ils grâce aux yeux de l’éditeur ? Rien n’est moins sûr.

Bref, on a vu qu’Epic pratiquait une forme de shady business assez inquiétante, avec ses exclusivités, et je ne crois vraiment pas à la théorie macroniste expliquant que des commissions moins élevées vont déboucher sur un âge d’or du jeu vidéo. Mais attendez, ce n’est pas fini.

Les mecs, vous me faites tellement penser à Emmanuel Thatcher, avec vos arguments à deux balles…

 

Un launcher moins bon que Steam

Le launcher d’Epic est, comme Origin ou, dans une moindre mesure Uplay, une version très amoindrie de Steam. Il est vrai que l’appli de Valve a eu le temps de s’améliorer (et on revient de loin !) et qu’Epic a d’ores-et-déjà annoncé beaucoup d’améliorations pour l’EGS : par ici pour la rodmap. Si j’étais taquin, je pourrais faire remarquer que c’est sympa de nous lister tout ce que l’EGS ne fait pas aujourd’hui, mais ce n’est pas mon genre.

Admettons que cela s’arrange. Il reste tout de même deux gros écueils :

  • Les tarifs : même si Epic appâte le client avec un jeu gratuit chaque quinzaine (là encore, pratique commerciale agressive mais ne me gênant pas en tant que telle), pour l’instant ils ne font pas de promos. C’est certainement trop tôt, attendons de voir. Le verrouillage des boutiques tierces me dérange bien plus. Si les prix sur Steam ont pu être si attractifs, c’est grâce aux soldes, mais surtout grâce aux revendeurs plus ou moins honnêtes… pour ma part, je n’utilise que les boutiques legit, mais je fais régulièrement de très grosses économies. Et croyez bien que je n’achèterais pas tous les jeux que j’achète si je devais les payer plein pot !
  • La préexistence de Steam : ahah, je vous avais dit que je m’en foutais dès le début de ce long article mais, oui, en vrai ça me fait bien chier de devoir me fader un autre launcher, perdre ma liste d’amis, réapprendre une interface (à ce jour médiocre) pour la boutique et la surcouche sociale, filer mes données personnelles à une entreprise supplémentaire, exposer mes données bancaires à des failles supplémentaires… c’est plus fort que moi, ça me fait chier même si, vous l’aurez compris, c’est loin d’être mon seul argument.

Pour cette partie, disons je vais laisser le bénéfice du doute à Epic et son cortège de fanboys. Je ne pinaillerai pas sur le support Mac et Linux (parce que je m’en fous et que ça apparaîtra peut-être) ou sur le Steam OS, bien pratique pour certains joueurs (là aussi, je n’en suis pas utilisateur, osef). Pas plus d’ailleurs que je ne rentrerai dans les réflexions sur Tencent, qui possède une partie d’Epic (coté en bourse) et que des gamers américains ont récemment soupçonné d’avoir négocié des backdoors chinoises dans l’EGS… la théorie du complot, très peu pour moi. Personnellement, je suis plus emmerdé par l’aspect coté en bourse que par la nationalité des actionnaires. Valve n’en a toujours fait qu’à sa tête, souvent contre l’avis de sa communauté d’ailleurs, mais au moins ils ne rendent de comptes qu’à Saint Gabe Newell. Pour Epic, on peut craindre que l’agenda ne soit pas aussi dégagé…

Saint Gaben, priez pour nos âmes !

 

Le faux argument de la commission

Pour finir, parce que bon, cet article est déjà beaucoup trop long, laissez-moi vous exposer une petite idée.

Et si, afin d’assurer une concurrence beaucoup plus saine, Epic n’avait pas joué la carte des exclusivités forcées et du shady business ? S’ils avaient, je ne sais pas, tablé sur la proposition initiale d’offrir de meilleures conditions commerciales aux éditeurs (sans baisser les prix) mais en laissant les conditions bien plus ouvertes et en autorisant des sorties plus onéreuses sur les autres plateformes, l’éditeur finançant ainsi la différence de revenus, je ne crois pas qu’il y aurait eu une telle levée de boucliers.

Quitte à ce que le jeu soit indiqué comme « soldé » sur l’EGS, pour un montant identique à la différence entre les 30/35% de Valve et leurs 12%*, pour des raisons légales ou d’affichage. Franchement, cela aurait été beaucoup mieux accueilli et aurait semblé bien plus respectueux du consommateur !

Ensuite, eh bien que le meilleur gagne ! Les joueurs souhaitant rester sur Steam auraient pu payer plus cher (ou pas, selon les tarifs des boutiques tierces), Epic aurait affiché sa volonté de mieux rémunérer les éditeurs / développeurs, tout le monde aurait été content ! Et, bien sûr, libre à Valve de s’adapter en baissant sa part…

Malheureusement, on se dirige plus vers une tentative de monopole sur le marché du jeu vidéo PC… ce que Steam n’a jamais été, c’est un comble ! J’espère vraiment que tout ceci n’est qu’une étape transitoire, en attendant que l’EGS soit installée. Pour le moment, vu le contexte et les pratiques franchement dégueulasses d’Epic, je ne peux que boycotter ces exclusivités injustes et néfastes. Quand bien même il s’agirait de titres majeurs, comme cela sera peut être le cas pour Borderlands 3, selon plusieurs indices concordants. Autant j’ai utilisé et je pense continuer à utiliser le launcher d’Epic pour certains titres, autant je ne compte pas participer à cette mascarade immonde. Aider une société telle que celle-ci à engraisser ses actionnaires au détriment des joueurs, non merci.

En effet.

 

En guise de conclusion

J’aurais eu bien d’autres choses à écrire à ce sujet, mais je vais arrêter les frais. Disons seulement que toute cette affaire, ajoutée à la déliquescence morale généralisée chez les gros éditeurs (Activision Blizzard, EA, etc.), ne donne pas foi en l’avenir du jeu vidéo sur PC. Nonobstant, pour ma part je suis remonté mais pas traumatisé, quand bien même je déciderais de totalement boycotter l’Epic Games Store, par principe. En effet, entre mes bibliothèques Steam (600+ jeux) et GoG (près de 200 jeux), sans parler de tout le reste (MMORPG, etc.), j’ai de quoi jouer pendant 20 ans, facilement. Et ce n’est pas comme si je n’avais rien d’autre à faire : gros bouquins à lire ou relire, séries et films à découvrir ou revoir…

Non, ce qui m’énerve vraiment, en vérité, c’est l’indécence d’Epic et l’ingratitude des éditeurs envers leurs joueurs et envers Steam. Ingratitude envers les joueurs car ils choisissent la solution de l’exclusivité, moyennant un gros chèque, qui enferme les joueurs sur une plateforme dont ils ne veulent pas forcément. Ingratitude envers Steam car c’est bien la plateforme, malgré tout ce que vous pourrez en dire, qui a pratiquement mis fin au piratage de jeux vidéo sur PC ! Il existe encore, mais, franchement, à quoi bon, depuis que Steam existe ? Les exclusivités EGS vont faire revenir le piratage en force, je n’ai aucun doute là-dessus. Ceci ajouté aux (quelques ?) personnes qui bouderont ces sorties EGS en attendant celles sur les autres boutiques, le manque à gagner pourrait être important, au final. Peut-être pas autant que le déficit d’image, ceci dit.

Vous l’avez compris, je refuse que l’on résume cette réflexion à une affaire de launcher. Je dirais, comme dernier mot, qu’il ne faut pas non plus résumer cela à une seule opposition entre Steam et l’EGS. Étrangement, personne ne parle de GoG, par exemple. C’est certainement parce que l’argument du « il faut attaquer le vilain Steam monopolistique qui pille le travail des gentils développeurs » ne tient plus quand on parle de Good Old Games, symbole s’il en est du fair trade sur PC. Pourtant, ces exclusivités nauséabondes impactent également GoG, qui n’a pas forcément besoin de ça en ce moment. Pensez-y.

Je ne trouvais pas d’illustration pour ce paragraphe, du coup je fous des corgis cosplayant les Avengers. Ni vu ni connu.

 

* : ne me demandez pas comment ou pourquoi, mais j’avais glané de fausses infos sur cette histoire de part prise par Steam et l’EGS sur les ventes de jeux. J’avais écrit qu’il s’agissait de 20/15% côté Epic (selon le moteur utilisé) contre 30% chez Valve. J’ai rectifié cela dans le texte, désolé pour les fausses infos ! Cela ne change pas fondamentalement mon propos, si ce n’est qu’Epic laisse encore plus de pognon aux éditeurs, que je comprends d’autant plus leur intérêt pour la plateforme (en plus de juteux contrats d’exclus) mais que ce n’est toujours pas cela qui autorise Epic à utiliser ses méthodes minables pour percer. Enfin bon, on en reparlera certainement…